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magnifique film je ne me lasse pas de le regarder le mal être de harry est impressionnant
Par Anonyme, le 19.03.2024
bien
Par Anonyme, le 06.01.2024
on aimait beaucoup son talent de l' actrice
Par Anonyme, le 27.12.2023
nous souhaitons une bonne santé et une rapide rétablissemen t
Par Anonyme, le 27.12.2023
sukur ali
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Date de création : 07.03.2009
Dernière mise à jour :
10.02.2022
4381 articles

Juste avant le podium...
4. Article 15
Le Top continue et à partir d'aujourd'hui on parle des films que je considère comme un bon cran au-dessus de tous les précédents. Ceux qui risquent de marquer l'industrie - ou en tout cas les cinéphiles - sur le long terme.
On commence donc avec Article 15, un thriller socio-politique qui s'attaque de front aux tensions entre castes. Il s'agit du deuxième long-métrage confirmant le revirement de style d'Anubhav Sinha après Mulk. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'après des années perdues dans des films de commande sans intérêt, le virage indépendant de Sinha nous offre un cinéaste talentueux aux films intelligents (en plus d'être prolifique avec 3 films acclamés en 3 ans). Côté casting, on retrouve Ayushmann Khuranna (devenu synonyme de qualité depuis plusieurs années), Nassar, Sayani Gupta, Manoj Pahwa et Kumud Mishra.
Article 15 raconte l'histoire d'Ayan Rajan, un policier haut gradé de Delhi muté dans le petit village Laalgaon pour conduire une enquête morbide : deux jeunes filles ont été violées et pendues. Une troisième est disparue. Au fil de l'enquête, Ayan va découvrir les tensions liées au castes et la brutalité sociale qui opère dans le village. Bien loin de la vie moderne qu'il a connu à Delhi, il devra affronter patriarcat et traditions s'il veut mener à bien ses recherches...
Avec un tel postulat, vous vous en doutez bien, Article 15 ne pouvait qu'être un film dur et sombre. Anubhav Sinha assume totalement le message social qu'il veut porter et affronte la brutalité qu'il décrit sans chercher à la rendre plus facile à tolérer. Dès la séquence d'ouverture, on sait à quoi s'attendre : un chant révolté scandé par des villageois "intouchables" s'abritant d'une pluie incessante... L'esthétique est sombre, délavée, la caméra offre des plans à la précision chirurgicale. Puis l'horreur est dévoilée...
Loin de cette brutalité bestiale, Ayan Rajan arrive en voiture, sur un classique de Bob Dylan. Bien évidemment, on ne choisit pas Dylan par hasard et qui mieux que lui pouvait à la fois traduire la grandeur de la protest song autant que le décalage social de Rajan ? En effet, cet homme des grandes villes, écoutant des chansons en anglais, ayant fait ses études à l'étranger, du haut de sa caste élevée est tellement privilégié et déconnecté de ces réalités rurales qu'il ne sait même pas à quelle caste il appartient... On retrouve dans Article 15 la violence de la fracture sociale indienne que l'on pouvait notamment voir dans NH10 ou La Saison des Femmes. On y voit le visage d'une Inde multiple, désunie, écartelée entre les traditions ancestrales des villages et la modernité des grandes métropoles.
Grâce à ce personnage décalé, Article 15 peut ainsi se permettre de faire de l'exposition sans que cela ne semble superficiel ou forcé. Au cours de dialogues qui relèveraient d'une absurdité digne de Beckett ou Ionesco s'ils n'étaient pas basé sur des faits sociaux établis, on apprend alors la différence entre chaque caste, mais aussi les sous-castes au sein de la même caste ! L'engrenage, aussi fou soit-il, est soigneusement établi, tragiquement ancré dans les consciences collectives. Un fils d'éboueur ne pourra qu'être éboueur, une jeune cuisinière de caste inférieure voir les enfants refuser de manger sa nourriture lorsqu'ils découvrent son rang, et chaque détail insignifiant de la vie quotidienne se voit devenir une occasion d'exercer une forme de brutalité sociale, psychologique voire physique. Anubhav Sinha, qui a co-écrit le scénario avec Gaurav Solanki (parolier sur Ugly), affirme avoir passé 6 mois à étudier les mécanismes des castes avant d'écrire Article 15. Voilà qui illustre à quel point ce terrible engrenage est complexe, rempli de réglementations toutes plus démentes les unes que les autres. On sent également dans l'enquête des inspirations du viol collectif de Baudan en 2014 ainsi que du scandale d'Una en 2016. Et c'est peut-être pour ça que le film est si brutal et dur à affronter : tout est vrai ! Qu'il s'agisse de personnages fictifs ne change rien au fait que tout ce que l'on y décrit s'est passé ou pourrait totalement se passer dans la réalité sociale indienne actuelle.
Une des grandes forces d'Article 15, c'est qu'il n'oublie pas de faire du cinéma avant de livrer son message... Le cinéma politique se confronte souvent à ce problème : à trop vouloir expliciter son message, on en oublie de faire un film, au risque de donner l'impression de faire la morale au public. Ici, Sinha retient parfaitement l'essence du thriller et parvient à nous captiver dans une enquête finement menée et aux enjeux précis. Ce côté "divertissant" permet de remettre en contexte le propos socio-politique et ne peut que lui conférer plus de poids puisque l'écriture nous donne de vrais personnages auxquels s'attacher. Les différents membres de la police ou politique locale sont les antagonistes du récit et on comprend tout le poids de leur immonde domination sur les villageois. Au final, Article 15 réussit là où un film comme Mardaani 2 échouait : il n'a pas besoin de suspendre sa narration pour nous faire comprendre l'horreur des réalités sociales et il n'a pas besoin de glorifier un tribunal populaire tendancieux pour que l'on comprenne à quel point les institutions sont complices et corrompues.
Sur le plan esthétique, Anubhav Sinha offre un très beau film, qui monte d'un cran technique par rapport à Mulk. Avec son amour pour la brume, le ciel gris pesant, l'humidité qui semble nous transmettre toute sa moiteur de l'autre côté de l'écran, on pourrait voir en Article 15 le cousin indien de True Detective (saison 1). Paradoxalement cette beauté visuelle, cette capacité à rendre esthétique même le morbide, ne nuit en rien au réalisme brutal de l'oeuvre. Elle ne fait que décupler le décalage. Un parti-pris formel que l'on peut juger radical et risqué mais qui s'avère totalement payant !
Du côté du casting, Ayushmann Khuranna livre sa meilleure performance depuis AndhaDhun et confirme que si la comédie sociale est son genre de prédilection, il se surpasse dans les registres plus sombres et dramatiques. Sans doute un des plus grands acteurs de sa génération ! Sayani Gupta (Margarita With A Straw, La Saison Des Femmes, Jolly LLB 2) est remarquable, on ne peut que regretter de la voir si peu utilisée en dehors du cinéma indépendant. Les autres rôles secondaires sont tous brillantes, particulièrement les policiers et politiciens du coin, qui dégagent une domination malsaine à vous glacer le sang.
Dans les points plus négatifs, on pourra citer la relative inutilité du personnage d'Isha Talwar, relation "amoureuse mais c'est compliqué" à distance d'Ayushmann Khuranna. Une poignée de séquences qui ne mènent qu'à un mécanisme scénaristique assez superficiel. L'excellent Mohammed Zeeshan Ayyub s'en sort bien avec un rôle secondaire lui aussi assez dispensable, qui tente d'ajouter une couche de critique politique mais le fait avec plus de maladresse et un pathos assez malvenu.
Au final, Article 15 est un très grand film social qui fera date dans le cinéma indien. Ce n'est pas pour rien que le critique respecté Raja Sen a décrit le film comme l'équivalent indien de l'immense Mississippi Burning en terme de maîtrise et d'impact. Grâce à une écriture d'une intelligence et d'une clairvoyance dévastatrices, à une réalisation minutieuse impeccable et à un casting d'ensemble irréprochable, Article 15 reste sans doutes un des événements majeurs de l'année passée... Si vous avez le coeur suffisamment accroché, ne passez pas à côté de cette merveille !
Note : 18,5/20
Alors là, je suis 100% d'accord ! Ce film me reste dans la tête et plus j'y pense plus je lui trouve des qualités.Au départ ça ressemble à une déclinaison de Swades - un homme éduqué, ayant vécu longtemps à l’étranger, envoyé en mission au fin fond de l’Inde rurale et confronte à la réalité du système des castes... Sauf qu’ici, l'homme en question est un haut fonctionnaire de police et que le film tourne autour d'un fait divers sordide. On a donc une intrigue policière - très bien ficelée d'ailleurs - qui se déroule sur fond de corruption généralisée et de lutte des classes entretenues par le système des castes, toujours vivace malgré son interdiction en 1947 (le fameux article 15 de la Constitution indienne).
Comme tu le soulignes, on pouvait craindre que la gravité du sujet n’entraîne le cinéaste engagé qu'est Anubav Sinha à faire preuve d’une certaine lourdeur démonstrative. Et bien ce n’est pas le cas, en dépit de quelques passages à la pédagogie un peu appuyée. Cette tragédie révoltante est racontée avec sobriété, presque comme dans un documentaire, grâce une mise en scène sèche et sans fioritures mais là encore, je suis complètement d'accord avec toi : c’est bien une oeuvre de cinéma. La tension dramatique est constante tant dans les péripéties de l’enquête que dans les rapports entre les individus, gangrénés par la corruption et les injustices sociales. La photo est sublimée par un travail remarquable sur la lumière -souvent tamisée - - et les couleurs - ternes et terreuses. Même recherche cinématographique dans l’usage quasi métaphorique des lieux et des espaces où se déroulent l’action, tel le marécage, figure allégorique du bourbier indien dans lequel, sans distinction de classe ni de caste, tous doivent se plonger pour faire progresser la vérité (de la même façon qu’au milieu du film, un homme de basse-caste plonge dans une fosse d’épuration pour la déboucher, juste devant le commissariat de police).
La direction d’acteurs est au diapason. Ayushmann Khuranna, parfait en policier intègre parfois traversé par le doute, est très bien entouré (moi aussi j'avais mis une mention spéciale à Mohammed Zeeshan Ayyub qui joue le Dalit Nishad).
Au final, donc, un excellent film auquel on pense encore longtemps après l’avoir vu et à auquel il n’aura pas manqué grand-chose - peut-être des personnages un brin moins archétypaux et des ressorts un peu moins artificiels (notamment les dialogues entre le policier et sa compagne) - pour être un très grand film.
"Plus j'y pense plus je lui trouve des qualités" : je suis totalement d'accord ! Au fil des semaines et des mois, non seulement il est resté ancré dans ma mémoire, mais je l'apprécie de plus en plus. Et je te suis également sur l'utilisation métaphorique des décors et des paysages... Le marécage qui n'est pas qu'un gimmick visuel (et pourtant ça aurait déjà été suffisamment novateur et beau esthétiquement pour en justifier l'utilisation) mais symbolisme parfaitement le message de l'oeuvre. La séquence de la fosse d'épuration m'a figé sur place tant elle est puissante, on dit que le cinéma c'est l'art du "show don't tell" et bien Anubhav Sinha l'a parfaitement compris ! Avec une telle montée en puissance de son cinéma, j'ai très hâte de découvrir son Thappad qui a été tout aussi bien accueilli par la critique cette année. Vivement la suite !http://eshabollywood.centerblog.net
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